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Des extraits du meilleur de la fantasy...
Tranche de Vie

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TchatcheBlog: Des extraits du meilleur de la fantasy...

Catégorie : Tranche de Vie
Créé le :  26 août 2006 16h39 glasfeu
Modifié le :  02 déc. 2011 00h18
Visité :  78 fois Cette semaine :  1 fois

Description :
Le meilleur de la fantasy en quelques extraits pour vous donner l'eau à la bouche...
Vous pouvez vous rendre sur www.monde-ecriture.com pour discuter plus facilement de vos lectures o/


Le Secret de Ji, de Pierre Grimbert
Créé le : 26 août 2006 16h43 Article posté par : Web

TchatcheBlog: Le Secret de Ji, de Pierre Grimbert

Mon nom est Léti. Je fais partie du village d'Eza, le cinquième de la province sud du Matriarcat de Kaul. Cent dix-huit années avant ce jour, un homme inconnu se présenta devant le Conseil des Mères, se disant porteur d'un message de la plus haute importance. Il déclara s'appeler Nol, et n'être l'ambassadeur d'aucune nation connue. Pourtant, nombreuses furent celles qui virent en lui un Estien : Wallatte, Thalitte, Solene, ou autre habitant du Levant. C'est donc avec suspicion qu'elles s'apprêtèrent à l'écouter.
   Nol s'exprima aisément, en respectant l'usage et les règles en cours au Conseil, si bien qu'il semblait avoir passé toute sa vie à Kaul. Les Mères le traitèrent avec le même respect en écoutant son discours sans l'interrompre, comme la Tradition l'exigeait.
Les débats du Conseil n'étaient pas encore mis par écrit à l'époque, c'est pourquoi il est difficile de donner une transcription exacte de ses dires. Voici à peu près ce qu'ils étaient :
   "Honorées Mères, je me présente à vous sans mauvaises intentions. La sagesse des membres du Conseil est légendaire, aussi j'espère avoir bientôt l'honneur de votre confiance, même s'il m'est nécessaire de conserver le secret sur un grand nombre de choses.
   Je ne puis dire pourquoi je suis là, ni d'où je viens. Je porte mon message à tous les rois du monde connu, et ne puis que souhaiter les convaincre de prêter foi à des propos que je sais étranges.
   Voici, enfin, ma déclaration.
   Dans un dessein qu'il m'est impossible de révéler, je vous demande de choisir une personne de votre peuple, réputée pour faire partie des plus sages, et digne de vous représenter.
   Je la retrouverai sur l'île Ji, à l'aube du jour du Hibou, avec les émissaires des autres nations. La suite sera sans danger, aussi il est inutile de prévoir une escorte trop considérable, celle-ci ne pouvant pas nous accompagner dans notre voyage, de toute façon.
   Le sage que vous choisirez ne sera absent que quelques décades. Qu'un bateau attende son retour au même endroit, à compter du jour de
la Terre.
   
Ce qui se passera au retour n'est pas encore écrit. Je puis juste vous dire qu'une décision importante sera prise, et que le résultat vous en sera donné.
   J'ai terminé, et je devine vos questions : ne les posez pas en pure perte, honorées Mères, car je ne puis y répondre."
   Bien sûr, Nol fut quand même questionné, et comme il l'avait dit, il conserva le silence. Lorsqu'il se fut retiré, les Mères discutèrent de la conduite à tenir. Quelques-unes parmi les plus jeunes, dont les maris combattaient encore aux côtés des troupes loreliennes, demandèrent qu'on chasse l'étranger, ou qu'on l'engeôle jusqu'à en apprendre davantage. D'autres pensaient avoir été confrontées à un fol inoffensif et qu'il n'y avait pas de suite à donner à l'affaire.
   Seules quelques-unes, plus poussées par la curiosité qu'autre chose, estimaient que l'envoi d'un émissaire à Ji ne coûterait pas grand-chose, et que ce serait le meilleur moyen d'élucider le mystère. On procéda au vote et c'est cette sage proposition qui fut finalement retenue, sous réserve que Nol ait effectivement transmis son "message" à d'autres nations.
   La confirmation vint de l'ambassadeur de Junine, qui relata quelques jours plus tard une rencontre similaire entre Nol et les barons réunis des Petits Royaumes.
   Vint alors le moment du choix de l'émissaire. Il semblait acquis que les personnes les plus sages du Matriarcat étaient membres du Conseil, et désigner l'une d'entre elles permettait en outre d'agir en toute discrétion.
   Toutes se tournèrent avec respect vers l'Aïeule, qui était la plus sage entre toutes. Heureusement, elle l'était assez pour se savoir trop âgée pour ce voyage aventureux. Elle demanda alors que des volontaires se manifestent, non pas au titre de la plus grande sagesse, ce qui eût été vaniteux, mais à celui du dévouement. Quatre Mères se proposèrent, et parmi elles Tiramis fut élue.
   Tiramis est mon aïeule. C'est la mère de la mère de la mère de ma mère. La grand-mère de ma grand-mère.
   Il fut décidé de la faire accompagner d'un homme pour la protéger. On choisit Yon, qui était le troisième fils de l'Aïeule et que l'on savait fort et dévoué. Pour amener Nol à l'accepter comme un second émissaire, il fut dit qu'il représenterait la gent masculine de Kaul, ce qui, après tout, pouvait être vrai. Enfin, on décida qu'une goélette suivrait à distance l'homme étrange et les sages, comme ultime mesure de sécurité.
   Au jour du Hibou, Tiramis et Yon abordèrent l'île Ji, près des côtes loreliennes. C'était une petite terre inhabitée, dont on pouvait faire le tour à pied en moins d'une journée. Très peu de végétation, juste des rochers, encore des rochers, et du sable entre eux.
   Nol les attendait sur la plage, l'air grave, mais apparemment satisfait du nombre de personnes venues. Tiramis en connaissait quelques-unes de vue ou de réputation, et un chambellan goranais autoproclamé maître de cérémonie se chargea de lui présenter les autres.
   Il y avait là le roi Arkane de Junine, représentant des Baronnies ; le jeune prince Vanamel du Grand Empire de Goran, et son conseiller : Son Excellence Saat l'Économe, tous deux représentant bien sûr le Grand Empire ; le chef Ssa-Vez, qui était venu de la lointaine Jezeba ; Son Excellence Rafa Derkel, de Griteh ; le duc Reyan de Kercyan, envoyé par le roi Bondrian, de Lorelia ; Son Excellence Maz Achem, représentant d'Ith ; Son Excellence le sage Moboq, représentant du roi Qarbal d'Arkarie ; et enfin Leurs Excellences l'Honorée Mère Tiramis et Yon de Kaul, représentants du Matriarcat. Chacun de ces hauts personnages était venu en grande pompe - particulièrement le prince Vanamel -, si bien que le petit espace de plage laissé par les rochers était envahi par les tentures et les installations de fortune, rehaussées de bannières colorées qu'évitaient ou piétinaient une fourmilière de serviteurs et de soldats de tous uniformes.
   Nol accueillit chacun des émissaires, les remerciant pour leur confiance qui était de bon augure, et les informant qu'ils attendraient jusqu'à la tombée de la nuit l'arrivée d'autres émissaires. Il ne donna aucune information supplémentaire.
   Rafa de Griteh émit une objection à propos de la représentation inégale des nations. Pour disperser les malentendus, Nol demanda alors si le Grand Empire de Goran et le Matriarcat de Kaul avaient quelque raison d'envoyer chacun deux émissaires. Tiramis lui servit le petit mensonge à propos de Yon, représentant des hommes de Kaul, et le prince Vanamel objecta que son pays étant bien plus grand que la plupart, il était normal qu'il soit représenté par deux personnes. Son Excellence le sage Moboq, à qui l'on avait traduit les débats, objecta alors à son tour que l'Arkarie était bien plus grande encore que le Grand Empire, et que le roi Qarbal aurait donc pu envoyer trois ou quatre représentants. Nol eut une petite moue découragée et coupa court aux dissensions en précisant qu'un nombre supérieur d'émissaires n'apporterait de toute façon aucun avantage particulier aux nations : la limitation était simplement une question d'ordre pratique. Rafa de Griteh se déclara alors satisfait. Personne ne voulait vraiment contredire Nol à ce moment-là.
   
L’homme étrange s’exprimait dans les langues maternelles de chacun avec une aisance déconcertante. Il écoutait tout le monde, mais balayait de façon ferme et polie les objections de ces hauts personnages qui s’accordèrent tous pour lui reconnaître une personnalité hors du commun. Lorsque enfin il eut vu chacun d’eux et déclaré vouloir méditer seul, tous prirent leur mal en patience et l’observèrent avec respect, à la dérobée.
   
Puis le soir arriva et Nol déclara avec regret que ni le Beau Pays ni Romine n’avaient envoyé d’émissaire, et que ces deux royaumes ne seraient donc pas représentés. Quelques-uns remarquèrent aussi qu’aucun diplomate estien n’était présent, mais ne surent qu’en conclure.
   
L’homme étrange invita les sages à le suivre, et s’engagea à pied à travers le labyrinthe rocailleux que formait l’île Ji. Après quelques instants d’étonnement – tous s’étaient attendus à prendre la mer –, il fut suivi par Tiramis et Yon, puis le duc de Kercyan, puis tous les autres leur emboîtèrent le pas.
   
Restés sur la plage, les divers officiels, gardes et serviteurs étaient indécis. Puis plusieurs barques furent mises précipitamment à l’eau, l’idée venant que les sages pourraient embarquer de l’autre côté de l’île.
   
Au début pratiquement adversaires, les équipages s’organisèrent bientôt pour patrouiller chacun dans un secteur. Mais aucune embarcation inconnue ne fut repérée cette nuit-là…
   
Au petit matin, des hommes en armes furent envoyés dans l’intérieur de l’île. Les soldats fouillèrent le labyrinthe tout le jour, puis le lendemain, sans autre résultat que la découverte de grottes utilisées comme entrepôts par de quelconques contrebandiers loreliens.
   
Après le quatrième jour, tout espoir était perdu de retrouver la piste des émissaires Une par une, les délégations quittèrent l’île à regret, en soupçonnant les autres d’avoir dissimulé des informations sur cette étrange aventure, ou pire, d’en être à l’origine.
   Quatre décades passèrent, et aucune demande de rançon n’étant arrivée, la thèse de l’enlèvement que quelques-uns avaient avancée fut peu à peu abandonnée. Le jour de la Terre arriva, des bateaux fut de nouveau envoyés vers l’île, et on se prit dans les palais à espérer en un retour imminent des sages.
   A l'aube du jour de l'Ours, sept personnes émergèrent difficilement d'entre les rochers, par le même chemin qu'elles avaient emprunté deux lunes plus tôt. Les soldats postés là observèrent avec incrédulité le duc Reyan, fatigué, les yeux vides de toute expression, et Rafa de Griteh, les cheveux brûlés et la face noircie, transporter sur une civière de fortune le roi Arkane de Junine, blessé à la tête et pressant un garrot rougi sur le moignon de son bras gauche. Ils virent son Excellence Yon de Kaul tituber en portant dans ses bras un Honorée Mère Tiramis inconsciente. Enfin ils virent Leurs Excellences Maz Achem d'Ith et Moboq d'Arkarie fermer la marche en traînant les pieds.
   Le prince Vanamel, Saat l'Économe et Saa-Vez de Jezeba manquaient à l'appel.
Nol l'Étrange n'était pas revenu non plus.

*

(...) [page 22]
Quelque chose n'allait pas. Nor't avait toujours eu une sorte de sixième sens, qui l'avait sauvé à maintes reprises, et ce dernier était en train de carillonner plus fort que les six cents cloches de Leem.
   Il se sentait observé depuis l'apogée. Non pas admiré : Nor't avait toujours attiré les regards, féminins en général, par son imposante masse musculaire... mais là, c'était autre chose. Quelqu'un le surveillait. Le surveillait, lui !
   Debout, la hallebarde bien stable dans la main, le bras tendu sur le côté, dans l'attitude la plus militaire possible, Nor't gardait la porte ouest des jardins du palais impérial de Goran. Il accomplissait en général cette tâche avec une patience proverbiale... mais aujourd'hui, il était mal à l'aise.
   Il observa les passants un par un, puis examina les fenêtres les plus proches, pour tenter de démasquer son espion. En vain. Il jeta alors un rapide coup d'oeil à ses deux subordonnés, figés dans la même posture, espérant que l'un ou l'autre partageait ses pensées. Mais ces derniers n'avaient apparemment en tête que l'arrivée de la relève.
   Un vieil homme en haillons s'approcha d'eux en présentant dans ses mains crasseuses une timbale tout aussi souillée. Un étranger, sans doute, se dit le garde, peut-être un Lorelien. L'homme entamait une série de supplications en un mélange d'ithare et de goranais quand Nor't, d'un signe, le fit repousser sans ménagement par son subordonné de gauche.
   Cet épisode, le ramenant aux tâches quotidiennes, lui fit oublier momentanément ses inquiétudes. Il faisait chaud, porte ouest, en cette fin de journée, et Nor't se mit lui aussi à guetter la relève. Il sentait la fatigue dans son bras droit et aspirait par-dessus tout à lâcher cette maudite hallebarde qui lui déchirait l'épaule. Il avait hâte aussi de faire quelques pas ; ancien troupier, il ne s'était jamais vraiment habitué aux longues heures d'immobilité forcé de la garde.
   Enfin, sa patience fut récompensée et il entendit les six coups brefs marquant la fin de la journée et du sixième décan, quelque part derrière lui, dans le palais. Un instant après, la porte s'ouvrait devant trois hommes en tenue réglementaire, habillés plus chaudement pour la garde de nuit. Il y eut un passage orchestré des hallebardes, puis le salut rituel, et la relève prit sa place.
   Nor't préféra ne pas parler de ses impressions au gradé responsable du poste de nuit. il se serait couvert de ridicule en confiant ses craintes de fillette à un guerrier vétéran, et ne voyait de toute façon aucune raison de le faire.
   Ayant quartier libre, il décida de ne pas regagner tout de suite les bâtiments réservés aux gardes, et de s'accorder la marche à laquelle il aspirait depuis un bon moment. Et puis, quelque chose au fond de lui l'empêchait de se casaner maintenant : il ne serait pas tranquille tant que ce maudit pressentiment qui le tenait comme une gueule de bois ne serait pas passé.
   S'il le fallait, Nor't était prêt à déclencher une petite bagarre avec quelques inconnus, pour faire taire son malaise...
   De fait, il s'aperçut qu'il marchait un peu vite, en grommelant, la main serrée sur la poignée de son glaive et en dévisageant d'un oeil noir tous les passants qu'il croisait. Il s'arrêta, prit une longue inspiration et repartit d'un pas plus modéré.
   Il était rare qu'il perde ainsi son sang-froid. "Par Mishra, si quelque chose doit arriver, alors que ça arrive, sangdieu !" maugréa-t-il.
   Des éclats de voix se firent alors entendre derrière lui. Se retournant, Nort' vit la foule bigarrée de Goran fuir devant quelque chose d'encore indiscernable. Puis la masse humaine se sépara en son milieu pour céder le passage à deux tueurs züu.
   Des tueurs züu !
   Ici, à Goran, où leur influence et leur réputation étaient grandes, ils ne faisaient aucun effort de discrétion. Nor't vit la tunique écarlate, le bandeau vermillon enserrant un crâne rasé, la maudite dague longue et fine comme une aiguille jetant des éclats de lumière dans leurs mains... et surtout leurs yeux. Des yeux de fanatique prêts à tout pour parvenir à leur fin : abattre leur proie.
   Ils venaient dans sa direction, mais Nort' étant au milieu de la rue, cela ne signifiait rien. Il tira son glaive tout en reculant doucement à main gauche... et sut aussitôt qu'ils étaient là pour lui.
   Les deux tueurs l'avaient en effet observé tout au long de son déplacement. Nor't se rappelait ces regards, à présent : il les avait surpris, sans pouvoir y mettre un visage, toute la journée...
   Ils n'étaient plus qu'à quelques pas maintenant, et avançaient vite, courant presque. Nort' vit en un éclair les dagues, les regards meurtriers, et la foule curieuse qui n'interviendrait pour rien au monde. Une colère sauvage monta en lui et il se rua sur les deux hommes en hurlant, résolu à vendre chèrement sa peau.
   C'était sans compter avec le troisième assassin qui arrivait dans son dos et qu'il n'avait pas vu.
   Son cri mourut dans sa gorge quand l'aiguille empoisonnée la transperça, et c'est en silence qu'il s'écroula devant ses meurtriers.


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